20 heures de voyage séparent la Suisse du Japon. J’entreprends ce long voyage en juillet 2025 pour découvrir la technique du kintsugi. Tomomi Matsusawa m’accueille dans son atelier pour m’enseigner la technique traditionnelle de réparation à l’aide de la laque urushi. Cet article présente ma maitresse de stage, sa pratique et son atelier.

 

Tomomi qui m’explique le processus de réparation, photo par Tsuguri Yoshida

Tomomi Matsusawa

Tomomi Matsusawa, née dans la préfecture de Nigata en 1985, est diplômée du département de design graphique de l’université d’art de Tama. Elle réside actuellement à Azumino, dans la préfecture de Nagano.

Tomomi s’éloigne du design graphique et se forme au Kintsugi auprès de deux artisants locaux. Au terme de cet apprentissage, elle continue de se former par elle-même et instaure son entreprise Saca en 2021. 

Depuis son atelier niché dans la forêt, Tomomi se tâche de réparer les précieux objets de sa communauté. En rencontrant chaque client, l’artiste prend le temps d’apprendre l’histoire des pièces brisées et de leurs propriétaires. Elle offre différentes approches de réparation allant de la technique traditionnelle utilisant la laque urushi, à des techniques plus contemporaines. 

 

Portrait de Tomomi travaillant dans son atelier, photo par Tsuguri Yoshida

Saca Kintsugi

L’entreprise Saca Kintsugi est fondée en 2021. En moyenne, elle répare entre 100 et 200 pièces par an. Tomomi Matsusawa travaille seule à un taux estimé de 80%. Elle jongle entre les réparations, l’entretien de la maison et son fils de 8 ans. Pour l’instant, son activité ne lui permet pas d’être financièrement indépendante. En moyenne, son revenu revient à un tiers du revenu moyen japonais. Cela revient à environ 500.- CHF par mois.

Dans le futur, elle aimerait augmenter son taux de travail. En ce moment même, elle travaille sur la mise en place de workshops de kintsugi.

 

 

 

L'atelier

Différentes photos de l’atelier prises par le charpentier Tsuguri Yoshida

L’atelier de Tomomi a été construit cette année. Elle décide d’abattre un grand pin rouge juste à côté de sa maison et d’en faire un nouvel espace de travail. En utilisant des méthodes de construction japonaise, Tomomi obtient en quelques mois son nouvel espace de travail. De grandes fenêtres donnent sur la forêt qui entoure sa maison. L’espace semble petit, mais ces quelques mètres carrés suffisent pour ses besoins de restauration. 

L’élément indispensable de son atelier de restauration est surtout l’armoire humide qui permet aux pièces de sécher. Sinon, les outils nécessaires comme la laque urushi, les différentes matières pour le ponçage et les outils ne prennent pas beaucoup de place. Différents espaces de rangement sont installés sous le banc de travail. Un accès à l’eau permet de se laver les mains et les pièces.

 

Réparation d’une pièce par Tomomi, photo avant/après par Tomomi Matsusawa

Production principale

Le principal service proposé est celui de réparations de pièces avec la technique du Kintsugi. La majorité du temps ce sont des pièces en céramique, mais la réparation de pièces en verre et en bois est également possible.

Le but est de pouvoir restaurer des pièces qui ont de la valeur sentimentale aux clients. Cela permet de rallonger le temps de vie de ces objets.

Tomomi propose un service d’entretien si les réparations venaient à s’endommager avec le temps.

Les prix de ces réparations sont fixés en fonction de la réparation nécessaire ainsi que des matériaux choisis par le client. En ayant pratiqué et observé le processus long et complexe de kintsugi, je trouve que les prix ne sont pas assez hauts. Ils pourraient facilement être doublés voire triplés. Ci-dessous sont des exemples de réparations et de prix appliqués par Tomomi.

 

 

 

Cuillères laquées, photo par Tomomi Matsusawa

Canaux de distribution

Pour récolter les commandes de kintsugi, Tomomi organise des événements de commande 3 à 4 fois par an. Les personnes intéressées doivent s’inscrire sur un créneau horaire en ligne. Cela permet à Tomomi de réguler le nombre de personnes et d’éviter trop d’attente. Ces événements sont organisés dans différents lieux : des cafés, des marchés, des ateliers d’autres artistes, etc. 

La vente des produits secondaires se fait principalement en ligne. Il lui arrive de participer de temps à autre à des marchés où elle vend également ces objets, en plus de prendre des commandes de kintsugi.

Production secondaire

Tomomi vend également des produits secondaires issus de la matière première restante des réparations avec la laque urushi. Ceci permet de limiter le gaspillage de cette ressource précieuse.

Les cuillères sont les objets principaux qu’elle crée à cet usage. Le bois provient d’ébénistes locaux qui lui fournissent les cuillères grossièrement formées. Chaque objet est une pièce unique. Le prix revient à 8.- CHF l’unité.

Tomomi produit également des broches comme produits secondaires. Le bois provient de chutes de la fabrication de meubles. Ces bijoux sont très variés dans leur décor. Tomomi se laisse l’espace d’expérimenter différentes techniques. Le prix est d’environ 25.- CHF la pièce. 

 

Broches exposées sur le stand du marché d’Azumino, photo par Maia Tiffert

Communication

Tomomi utilise principalement Instagram comme moyen de communication. Elle poste du contenu chaque semaine pour entretenir sa présence digitale sur l’application. Son site web est régulièrement mis à jour également.

La capacité de Tomomi à connecter avec les gens m’a marqué. Peu importe où elle se trouve, elle se présente et prend le temps d’apprendre à connaître de nouvelles personnes. Cela lui ouvre beaucoup d’opportunités professionnelles. Elle se crée un réel réseau dans la préfecture de Nagano grâce au bouche à oreille.

 

Voici son site internet: https://saca.jp/

Voici son compte Instagram: https://www.instagram.com/saca_kintsugi/

 

Tomomi Matsusawa se donne comme mission de restaurer les objets brisés autour de soi. Le kintsugi est une belle tradition qui apporte beaucoup de valeur à la céramique. Le processus de réparation est très long et méticuleux. Dans ses valeurs, Tomomi veut que cet art reste accessible et propose des prix abordables. Je pense que de proposer des prix aussi abordables ne lui permet pas de rentabiliser son temps de travail. Nous en avons discuté et pensons que les cours de kintsugi pourraient être une bonne offre à implémenter dans sa pratique. Une fois que son fils sera plus indépendant, elle pourra également dédier plus de temps à son travail. Pour l’instant, Tomomi est satisfaite de son rythme de travail et de l’équilibre qu’elle a trouvé entre les restaurations et sa vie de famille. Je me sens très chanceuses d’avoir pu découvrir le kintsugi aux côtés de Tomomi.

Tomomi au travail dans son atelier, Photo par Tsuguri Yoshida